Il y a 1 an, lors de mes vacances en  Corse, ma belle-sœur marseillaise me lança un défi : participer au semi- marathon Marseille Cassis en octobre 2016. Me connaissant, j’ai bien évidemment relevé ce défi, sans trop savoir à quoi m’attendre, hormis la distance : 20 kms!!!

 

Pendant 1 an je me suis préparée, augmentant petit à petit le nombre de kilomètres à chaque distance, à raison de 2 sessions par semaine. Seulement depuis septembre, j’ai eu une grosse baisse de motivation : je ne faisais qu’une session par semaine (alors qu’il aurait fallu que j’en fasse 3), il m’était impossible de courir plus de 15 kms voire à la fin tout juste 10, je n’y prenais plus aucun plaisir, je m’y sentais obligée, contrainte d’y aller. Et plus la date fatidique approchait moins j’avais envie.

Puis nous voilà partis tous les 4 à Marseille 3 jours avant la course. Autant dire que j’étais envahie de doutes quant à mes capacités à mener cette course. Hormis quelques courses durant l’année, cela allait être une grande première pour moi, tant au niveau de la distance à parcourir que sur ma façon de gérer la course. Comment allais-je réagir ? Mon corps tiendrait-il le coup ?

 J-2, je vais faire une reconnaissance du parcours : faux plats, un col de 327 m à gravir, une descente à vous flinguer les jambes. Mes doutes font place à une certitude : je n’y arriverais jamais !!! Je n’ai pas l’entrainement nécessaire en montée (les plaines mosellanes ne sont pas réputées pour leurs dénivelés) et surtout je n’ai jamais réussi à aller au-delà des 16 kms et 4kms de plus c’est énorme. Comment et dans quel état vais-je terminer cette course ? Combien de temps allais-je mettre ? Pourquoi ai-je accepté ce défi ? C’est sûr, je suis vraiment folle parfois.

A J-1, des amis à ma belle-sœur, habitués de cette course, me donne de précieux conseils sur la façon dont je dois aborder et gérer la course : surtout ne pas commencer trop vite, y aller doucement voire en deçà de mon rythme habituel, et tout donner seulement lorsque je passerais devant l’hôtel du Joli Bois. A les entendre cela avait l’air d’être simple. Ils comptaient tous faire moins de 2h alors que pour ma part, la seule chose qui m’importait était de finir cette course, peu importe le temps que je mettrais. Au pire je serais devant la voiture balai qui ferme la course.  Autant dire que je n’ai pas particulièrement bien dormie, je visualisais le parcours, j’avais peur que mon téléphone ne se soit pas mis automatiquement à l’heure d’hiver, différents cauchemars sont venus hanter mes rares moments de sommeil.

Le jour J est enfin arrivé. Il fait beau, pas un nuage à l’horizon, on va avoir chaud dixit ma belle-sœur. C’est en petites foulées (histoire de nous échauffer) que nous rejoignons les quelques 16 00 autres coureurs devant les points de contrôles situés à l’arrière du stade Vélodrome. Après plus d’1h30 d’attente, debout, à l’ombre, entourée de centaines d’autres coureurs, c’est enfin mon tour de franchir la ligne de départ.

Application et musique ok, je commence à courir sans vraiment réaliser ce que je suis en train de vivre. Je veille à ne pas démarrer trop vite et à ne pas tenir compte des autres concurrents qui me dépassent. La foule est à avec nous et nous encourage. J’arrive même à voir Mistinguette et mes nièces. Arrivés au 1er point de ravitaillement, les premiers concurrents partis trop vite commencent à marcher (on fait moins les malins). Je me félicite de ne pas avoir démarré trop vite car la montée du col est à venir. 327m de montée sur 5 kms m’attendent et je pressens que cela va être les  5kms les plus durs, les plus longs de ma vie. Je lève la tête et aperçois un flot continu de participants le long de la montée. Peu rassurée,  j’entame à mon tour la montée. J’essaie de mettre de côté le dénivelé pour me concentrer sur le paysage qui s’offre à moi : Marseille en contre bas, la mer qui se profile à l’horizon. Et surtout je sais que MrY m’attend en haut du col. Mètre par mètre je grimpe, imperturbable et dépasse à mon tour des participants. Alors que je n’y croyait plus, le sommet est devant moi ainsi que MrY. L’émotion me prend et c’est les larmes aux yeux que je réalise que je l’ai fait, sans m’arrêter, sans avoir souffert (du moins pas autant que ce que je pensais).

2ème point de ravitaillement et déjà 10 kms de parcourus, j’ai fait la moitié du parcours mais surout  la plus dure. Le soleil tape fort, il n’y a pas de vent, et devant moi s’étend 5kms de ligne droite et un magnifique faux plat. J’accélère un peu l’allure et constate que je me fais moins dépasser. Pas de point de côté, aucune douleur, je me sens bien. Je prends même le temps de poser pour les photos. La vue est encore plus belle que lors de la montée, la mer scintille sous le soleil, les calanques de Cassis sont en contre bas et malgré le paysage quelque peu lunaire, suite à un incendie qui s’est produit en septembre, cela reste magnifique. Je me laisse porter par la vue, par les autres concurrents.

3ème point de ravitaillement et constate que j’ai déjà  parcouru les ¾ de la course. Le fameux hôtel du Joli bois est sur ma droite.  C’est maintenant que je dois tout donner. J’accélère encore un peu plus et entame la longue descente jusqu’à l’entrée de Cassis. Et tout à coup le panneau d’entrée de la ville est là, devant moi. J’y crois pas, je me dis « ça y est tu es pratiquement arrivée, tiens bon ». Les spectateurs sont plus nombreux et leurs encouragements me boostent. Mais au kilomètre 18, mes jambes refusent de continuer. Elles me font l’effet de 2 blocs en béton.  La douleur est telle que j’en pleure. Il ne me reste que 2 kms mais je n’y arrive plus. Pourtant je n’arrive à me résigner. Alors pendant 1 km j’alterne marche et course. Je ne peux pas abandonner maintenant,  et encore franchir la ligne d’arrivée en marchant. Le mental fait place au physique : je pense à ma famille et mes amis,  au que cela fait 1 an que je m’y prépare, que j’ai parcouru 800 kms pour venir. Alors tant bien que mal je me remets à courir, j’occulte la douleur.

Encore un virage et enfin le port de Cassis.  La ligne d’arrivée n’est plus qu’à 250m.  Les spectateurs sont nombreux derrière les barrières. C’est de la folie !!! 200m, 150, 100, 50 et voilà ça y est j’ai franchis à mon tour la ligne d’arrivée, des larmes (de douleur et de joie) pleins les yeux, la respiration coupée mais le sourire aux lèvres lorsque je vois mon temps : 2h11 !!! Même dans mes rêves les plus fous je n’avais osé espérer faire ce temps.

Moi et les autres concurrents sommes littéralement portés vers la remise des médailles. J’ai du mal à reprendre ma respiration, mes jambes ne me portent plus. Mais j’avance, sans avoir réellement conscience de ce qui se passe, de ce que je viens de réaliser. Une fois ma médaille autour du cou, je m’empresse de rejoindre ma belle-sœur et ses amis sur la plage histoire de clôturer cette aventure par une baignade dans la mer.

 

Il m’a fallu du temps pour réaliser ce que je venais de vivre. Aujourd’hui encore, j’ai du mal à y croire. Mais les courbatures sont bien présentes pour me le rappeler. Ce fut une expérience incroyable, une aventure unique. Je suis très fière de ce que j’ai accompli, d’avoir su résister à la douleur, de ne pas avoir abandonné alors que mon corps me suppliait de le faire. Cette course m’a donné encore plus confiance en moi, en mes capacités. 

Le tee shirt semble avoir été à mon attention

Voilà je l'ai relevé ce défi